Une richesse invisible

En raison de sa nature fugace et de son invisibilité, le son n’est pas un sujet dont nous avons une conscience absolue. Nous avons connaissance du son dans nos vies, mais ne nous arrêtons pas souvent pour penser à son impact sur notre cerveau, et le lien qu’ils tissent ensemble.

Dans le domaine de la vue, les objets apparaissent de manière tangible et consistante. L’aspect visuel est pour notre cerveau le sens le plus prioritaire dans la représentation de notre réalité. Nous avons des termes concrets que nous pouvons utiliser pour transmettre facilement des attributs visuels. Il est possible d’avoir une représentation claire de chaque objet que nous voyons. Plus encore, il nous est surtout possible de fermer les paupières lorsque ce que nous percevons par nos yeux est justement trop puissant, ou nuisible à notre perception (je prends ici le cas d’un objet trop lumineux comme le soleil).

Un son est plus difficile à dépeindre, et surtout à obturer. Nous donnons un sens global aux sons qui nous entourent, mais il reste difficile de conscientiser tous les sons, ainsi que leur niveau d’incidence sur notre cerveau.

Nos oreilles et, en particulier, notre cerveau effectuent un travail étonnant afin de donner du sens à un son. Selon certaines mesures, le système auditif est le réseau de neurones le plus développé. Aucun autre système sensoriel, vision comprise, n’est comparable à la vitesse à laquelle le système auditif traite le paysage sonore. Notre capacité à capturer ces « ondes cérébrales » est fragile et pourtant indispensable à notre bonne santé cérébrale et physique.

Un cerveau en constante activité

Ne cerveau fonctionne à plein régime, et pour ce faire il consomme beaucoup de glucose. Ce qui génère énormément de détritus (en l’occurrence des protéines qui s’amassent). Or le cerveau n’a pas de système lymphatique. La manière dont il évacue les toxines a été découverte en 2012 par la chercheuse américaine Maiken Nedergaard. Elle a appelé ce système, le système “glymphatique” en référence aux cellules gliales (qui forment l’environnement des neurones).

Cette scientifique souligne que notre cerveau a besoin de pauses et de silence pour parvenir à travailler efficacement et bien se régénérer, en évacuant correctement ses déchets.

L’accumulation permanente d’informations, aussi bien visuelles qu’auditives, constitue une « surcharge cognitive ». Cette surcharge nous donne alors le sentiment d’avoir trop de choses à faire à la fois, sentiment qui peut parfois même aller jusqu’à la douleur physique.

Le silence est donc une vertu fondamental pour le bon fonctionnement cérébral. Les moments de déconnexion sont très importants pour favoriser la créativité, la concentration mais aussi la construction de soi. Il permet à notre cerveau de réduire le flux d’informations perçues, et d’ainsi pouvoir mieux se nettoyer.

Se concentrer et se construire

Un des fléaux au sein de beaucoup d’entreprises ou à cause notamment des réseaux sociaux est d’accaparer notre attention, par une trop grande présence de sons. Bruit, conversation, notifications régulières, etc…

La chercheuse Gloria Mark qui a par exemple étudié les “open space”, a pu en tirer des conclusions alarmantes. La concentration des salariés sur une tâche est en moyenne de 11 minutes (avant d’être interrompus par une autre tâche, ou un son, un bruit). Par la suite ils auront besoin d’environ 25 minutes pour de nouveau se concentrer sur la tâche.

Aujourd’hui d’une manière générale, on est tous un peu dans l’inquiétude permanente de passer à côté de quelque chose. Ce phénomène est appelé par le psychologue le FOMO, Fear Of Missing Out, ou la peur de manquer quelque chose, est une arme de destruction massive de notre concentration.

Le silence est quelque chose de fondamental pour le bon fonctionnement cérébral, mais aussi pour la concentration. Les moments de déconnexion sont très importants pour favoriser la créativité, la concentration mais aussi la construction de soi.

Des cellules du cerveau régénérées seraient issus du ‘silence’

Treize millions d’Européens souffrent de troubles du sommeil. Les bruits ambiants, en particulier les bruits de la circulation, les bruits de machine ou d’ambiance sont une cause importante de ce trouble, et ont de nombreuses conséquences néfastes pour la santé.

Une étude en 2013 sur les souris, publiée dans la revue Brain Structure and Function, s’est servi de différents types de bruits et de silence et a suivi l’effet que les sons et le silence avaient sur le cerveau des souris. Le silence était censé être la référence dans l’étude mais ce qu’ils ont trouvé était impressionnant. Les scientifiques ont découvert que lorsque les souris étaient exposées à deux heures de silence par jour, elles développaient de toutes nouvelles cellules dans l’hippocampe, une région du cerveau qui est associée à l’émotion, la mémoire et l’apprentissage. Prouvant par ailleurs, que l’exposition au silence peut enrayer certaines maladies, en particulier celles qui affectent le cerveau.

Méfaits du son sur notre cerveau

Nous vivons dans un monde saturé de décibels. La télévision, nos groupes préférés jouant dans nos écouteurs lorsque nous parcourons les rues, la circulation, les conversations, la musique dans les magasins et les supermarchés…Nous vivons dans des villes où le silence n’existe pas, où le son modèle notre vie, notre consommation, et parfois notre fuite.

Il a été mesuré scientifiquement que le bruit permanent peut avoir un effet physique observable sur notre cerveau, et qu’il entraîne des niveaux élevés d’hormones de stress. Les ondes sonores atteignent le cerveau sous forme de signaux électriques en passant par l’oreille et notre corps réagit à ces signaux, même lorsqu’il est endormi. L’amygdale (située dans le système limbique du cerveau) qui est associée au centre de contrôle de la menace, active alors la libération d’hormones de stress. Si vous vivez dans un environnement qui est bruyant pour la plupart du temps, vous êtes alors susceptible d’éprouver des niveaux élevés de ces hormones, comme le cortisol ou l’adrénaline.

Le plus important à comprendre dans cet article est qu’un bruit continuel est plus pernicieux qu’un son abrupt. Même un niveau modéré de bruit, sur une période suffisamment longue (par exemple des écouteurs, des climatiseurs, des voix) peut endommager les réseaux cérébraux qui analysent le son. Dans l’oreille interne siègent les mécanismes de la perception. Remplie de liquide, elle est constituée de deux groupes d’organes :

  • La cochlée, coquille d’escargot renfermant les cellules ciliées (15 000 environ).
  • Le vestibule, canaux circulaires constituant l’organe de l’équilibre.

Les vibrations transmises mettent en mouvement le milieu liquide contenu dans la cochlée. La pression du liquide interne met, à son tour, en mouvement les cils des cellules ciliées.
Ces cellules alors convertissent l’énergie mécanique des ondes sonores en influx nerveux vers le cerveau, par le biais des nerfs auditifs.

Et si jamais les cellules ciliées sont endommagées, ce sont les seuls de notre corps à ne pas pouvoir se renouveler. Toute destruction est donc irrémédiable ! Dès les premiers signes qui se traduisent par des sifflements ou des bourdonnements dans les oreilles, ne pas hésiter un instant à consulter un médecin d’urgence.

Tout le monde semble conscient des dangers que les bruits forts peuvent infliger à nos oreilles. Pourtant, l’exposition à long terme à des sons constants mais discrets peut causer des dommages cérébraux permanents. Ainsi, n’ayant pas subi de choc auditif sévère, il est possible de passer un test d’audition avec brio, mais de rencontrer quelques problèmes concernant les connexions cérébrales dus aux bruits du quotidien anodins au premier abord.

Quelles solutions ?

Le silence corporel

Courir tous azimuts, être multitâches, consulter son smartphone 221 fois dans la journée (selon une étude de 2016), pour voir si nous n’avons rien raté…Toute cette suractivité physique et numérique place l’organisme dans un état d’alerte permanent qui accélère la sécrétion de cortisol, le rythme cardiaque, les tensions musculaires et la surchauffe du cerveau ainsi exhorté à se tenir prêt au combat ou à la fuite. Épuisant pour lui ! Et désastreux pour notre santé sachant que les ondes cardiaques influence la fonction cérébrale et vice-versa mais aussi que les tensions musculaires influent sur les pensées et émotions.

Faire des pauses d’au moins 10 minutes toutes les 90 minutes: un cerveau actif brûle 20 a 25% du glucose du corps ce qui produit de grandes quantités déchets qu’il a besoin d’éliminer pour permettre aux cellules neuronales de se régénérer.

Pratiquer 3 respirations abdominales de 5 min par jour: inspirer lentement par le nez en gonflant le ventre, expirer lentement par la bouche en le laissant dégonfler.

Pratiquer 10 min par jour de relaxation visuelle : s’allonger et centrer son attention exclusivement sur votre vous idéal, vos objectifs rêves.

Le silence acoustique

Sonnerie de téléphone, musiques, radio, télévision, ronron des ordinateurs, brouhaha des villes ou des open-space, marteaux-piqueurs, sirènes d’ambulances… L’oreille n’ayant pas de paupière est constamment en éveil.

Profiter du silence de la nature : une simple balade dominicale en forêt à l’écoute de ses sons apaisants (oiseaux, bruissement des feuilles…) est reconnue pour régénérer le cerveau. Un week-end de promenade protège des infections durant 4 semaines…

Le plus souvent possible, réduire les entrées sonores : la voiture sans radio, la maison sans télé, les écouteurs en conscience, le monde dans le calme d’un bain ou d’un massage. Je vous promets des bienfaits que vous ne soupçonnez même pas !

Le silence de l’écoute

Les études montrent que notre capacité de pleine écoute n’excède pas 8 secondes… sans interrompre la communication par la pensée ou en coupant la parole. Dommage car l’écoute, la vraie, impose un silence salvateur tant pour la bonne santé de l’autre, des relations sociales que de son propre cerveau. Faire silence lui permet de bénéficier d’une pause et d’éviter d’être auto-harcelé jours et nuits par des pensées négatives délétères.

– Faire preuve d’empathie : se mettre à la place de l’autre c’est prendre conscience d’un danger ou d’un bonheur potentiel pour soi. Cela active aussi par le cerveau la sécrétion d’ocytocine, hormone dite de l’attachement aux vertus analgésiques et immunitaires.

– Regarder l’autre dans les yeux, ne pas chercher à combler illico les silences: le bien-être ressenti par l’interlocuteur écouté est tout aussi bénéfique pour l’auditeur bienveillant.

Le silence des yeux

Tablettes, ordinateurs, appareils en veille, lumière bleue… Nos yeux sont trop longuement soumis à la lumière artificielle qui, à terme, modifie la chimie de notre cerveau. Faute de pouvoir sécréter de la mélatonine, le sommeil nous fuit et 85% du cortex cérébral étant mobilisé pour analyser ce que l’œil perçoit (couleurs, formes…), il peine à effectuer en plus d’autres tâches.

Fermer les yeux régulièrement : cette coupure visuelle aide le cerveau à ne pas être submergé par un flux d’informations.

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